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Quand est-ce qu'on arrête ?

Posted on: 2026-03-25

Translations: en

Category: Pandemic

Tags: covid

On m'a demandé l'autre jour quel était l'objectif de l'autodéfense sanitaire, quand est-ce qu'on pourra dire qu'on a gagné et que le travail est fini. C'est une très, très bonne question à laquelle je n'avais pas de réponse immédiate : ceci est donc une tentative de synthèse, qui sera à affiner en Vraie Ressource Militante(TM) plus tard.

La plupart de mes éléments de réflexion sont des choses que j'ai déjà abordées, notamment dans What should have been et dans le Postscript Pratique de I am not the goddamn pope. En revanche, je ne les ai pas rassemblés sous forme de pseudo-manifeste, et donc : c'est parti.

Nettoyer l'air

Avant tout, il faut que la qualité de l'air devienne aussi importante que celle de l'eau. La loi, les normes de construction, les critères d'accessibilité, les habitudes des architectes, tout doit inclure une bonne ventilation et la filtration de l'air. L'air doit être propre par défaut, aussi bien dans les habitations que sur les lieux de travail ou les établissements recevant du public.

On en voit déjà l'impact positif dans les lieux qui ont pris des mesures d'amélioration de la qualité de l'air. Notamment, plusieurs écoles et crèches ont vu les absences pour maladie s'effondrer après avoir installé des purificateurs d'air.

Mon truc c'est l'ingénierie logicielle, pas le BTP, donc je ne peux pas vous dire quoi faire exactement - j'aime à croire qu'à l'échelle de la société nous avons les compétences nécessaires. Ça demandera du temps, des efforts, de l'argent et de la bonne volonté, tout comme l'installation du tout à l'égout et de l'eau courante. Ça vaut le coup / coût.

Il ne faut par contre surtout pas que ce progrès se limite aux centres urbains des pays colonisateurs. L'eau propre est encore très loin d'être une évidence partout et les villes des pays du Sud global sont souvent très densément peuplées : la mobilisation pour un droit à l'air propre doit être internationale et équitable.

Revitaliser la santé publique

Les institutions de santé publique doivent prendre le covid au sérieux. Ça ne veut pas dire un retour au confinement, mais ça nécessite un accès libre et gratuit aux vaccins, aux tests de qualité (PCR ou similaire), à des masques à filtration haute. Ça nécessite des campagnes d'information pour les professionnel'les de santé et le grand public, avec des formulations faciles à comprendre.

Le SIDA nous a appris ces leçons à la dure, au prix de nombreux combats et de nombreuses vies queer. Pourtant ces mêmes leçons sont désapprises sous nos yeux, aussi bien par des figures anti-santé publique que par un trop grand nombre d'activistes. Les outils sont, au fond, similaires à ceux contre le VIH : prévention, éducation, tests gratuits, matériel de réduction des risques en accès libre.

Ma position est que le covid est suffisament dangereux pour exiger un retour à une stratégie d'élimination ; je laisse aux épidémiologistes le soin de se chamailler sur la faisabilité. A minima ça devrait être l'ARS (Agence Régionale de Santé) qui distribue des masques de bonne qualité et des pamphlets, pas une demie-douzaine d'handifols queer en PLS avec des cartons dans un garage.

Développer de meilleurs vaccins

Contrairement à ce que des gens relous sur Bluesky aiment à dire, l'immense majorité de l'activisme anti-covid encourage constamment les gens à aller se refaire vacciner tous les six mois. Nous ne sommes pas antivax, nous reconnaissons juste les limitations des vaccins actuels.

La vitesse à laquelle les vaccins à ARN messager ont été développés tient du miracle de la médecine moderne. La plateforme a un potentiel extraordinaire, les vaccins covid protègent très bien. Ils ne protègent juste pas suffisament pour mettre fin à tout ça, comme nous l'avons vu. Leur effet diminue avec le temps, certaines personnes ne tolèrent pas les vaccins à ARNm, il faut d'autres options. Admettre ces limitations est essentiel pour militer en faveur des vaccins.

Il est vital de développer de meilleurs vaccins. Et la recherche ne nous attend pas : Hilda Bastian la suit depuis des années. Les deux angles de recherche majeurs sont les vaccins "universels" qui nous protègeraient de tous les coronavirus et des mutations, et des vaccins stérilisants qui diminueraient la transmission beaucoup plus efficacement que les formules actuels.

De toute cette liste, cette section est le seul qui a actuellement de grandes chances de se réaliser même sans changement de trajectoire.

Traiter les maladies post-virales

Le covid long est une maladie handicapante et, pour le moment, sans remède. Là encore nous sommes face à un écho sinistre des débuts du SIDA : la différence est que cette fois-ci parfois ça part tout seul. Souvent non.

Il faut bien noter que même si le covid a une chance particulièrement élevée de déclencher des problèmes chroniques, les maladies post-virales le prédatent et ne sont pas suffisament étudiées. Elles affectent avant tout des personnes déjà méprisées par la profession médicale - ce qui complexifie d'autant plus des parcours d'errance médicale souvent très longs - et il n'y a pas de remède.

Les organisations de patient'es covid long ont des demandes précises : chercher des biomarqueurs, chercher des remèdes, mieux former les professionnel'les de santé pour améliorer le processus de diagnostic et éviter les recommandations dangereuses. Le covid long n'est pas mon sujet principal et je vous renvoie donc vers quelques organisations dédiées pour plus de détails : Patient-Led Research Collaborative, Long COVID Justice, Long Covid SOS, Long Covid Kids ou #ApresJ20.

Malheureusement, certaines de ces organisations oublient régulièrement de mentionner ou pratiquer les mesures de prévention qui diminuent la probabilité des infections covid. Tout le monde ne peut pas tout faire, bien entendu ; mais quand les porte-parole sur le covid long échouent à prendre des précautions et quand les groupes de préventions se ratent sur les complexités des maladies post-virales, tout le monde y perd.

C'est ma conviction sincère que nous pouvons, devons travailler ensemble plutôt que simplement en parallèle ou, pire, en opposition. Éviter les nouvelles infections VIH est tout aussi important que la recherche de traitements et de vaccins, après tout. Et j'espère de tout coeur que l'investissement dans des traitements et soins pour le covid long bénéficiera à toutes les maladies post-virales.

Changer la culture

Avant 2020, je ne connaissais les masques à particules que comme EPI (équipements de protection individuelle) pour l'artisanat ou le BTP. Comme beaucoup, j'avais vu des masques chirurgicaux utilisés en santé et je partais de l'hypothèse que ça n'était utile que pour les goutelettes de salive. Comme beaucoup, j'avais vu que certains pays d'Asie de l'Est avaient pour habitude de porter un masque en cas de maladie et je ne m'étais jamais dit que ce serait une bonne idée de faire pareil. C'était indéniablement en partie raciste de ma part, doublé d'ignorance validiste sur les besoins des personnes immunodéprimées.

2020 et les années qui ont suivi m'ont appris beaucoup de choses, mon comportement a changé - parfois pour de bon. "C'est qu'un rhume" doit maintenant toujours mener à un test et au port du masque. Les conversations sur l'accessibilité doivent maintenant toujours inclure les sujets d'hygiène et de transmission des maladies, aéroportées ou non. Parfois ça veut dire que tout le monde doit porter un masque afin qu'une personne soit en sécurité.

Tout ça doit devenir la norme et être facilité par la société entière. Nous avons les technologies nécessaires pour faire des tests pour éviter de sur-prescrire les antibiotiques, après tout : il faut étendre ça aux virus pour donner les bons conseils et les bons traitements. Côté masques, il en faut de bonne qualité, avec une variété de styles et de tailles pour s'adapté à différents besoins.

Que ce soit pour socialiser ou au travail, il faut aussi tenir compte de ce nouveau savoir. Aller au travail malade doit être découragé, les arrêts maladie doivent être rémunérés et inconditionnels ne serait-ce que pour éviter de contaminer d'autres personnes. Le port du masque notamment au travail doit être déstigmatisé. Les groupes d'ami'es doivent pouvoir avoir des conversations apaisées et ouvertes sur les maladies, sur le modèle des pratiques de sexe plus sûr.

Conclusion

Vous remarquerez que rien de tout ça ne demande l'abolition des frontières, la fin du capitalisme ou des États. Ça ne présuppose pas un changement radical de notre rapport à la nature pour limiter l'émergence de pathogènes encore jamais vus chez les humains. Tout ça serait très bien, évidemment, mais cette liste est réalisable dans un monde très similaire à celui où nous vivons actuellement.

C'est ce qui est rassurant avec nos conditions de victoire : elles ne demandent pas de révolution. Elles sont toutes faisables et utiles. Une partie de la liste est spécifique au covid, bien sûr. Mais changer les infrastructures et la culture réduirait la fréquence de nombreuses maladies évitables.

Pour citer une amie : je n'aime juste pas être malade. Et si on l'était moins ?

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