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T'es plus sexy avec ton masque

Posted on: 2025-08-20

Translations: en

Category: Pandemic

Tags: covidguest

L'article qui suit est écrit par une amie sans qui environ rien n'aurait été possible côté autodéfense sanitaire lilloise, qui cite entre autre un de mes posts. Le moins que je pouvais faire était de proposer d'héberger l'article en ligne. Merci à elle, merci à Lesbiennement, Lille, et bravo les lesbiennes bien sûr.

(Maintenant si les pédales pouvaient faire mieux histoire qu'on arrête de passer pour des andouilles, ce serait pas dommage. Les seul'es qui font des efforts sont trans et c'est gênant un peu)


T'es plus sexy avec ton masque, par Starkittyzines

Les yeux qui se rencontrent par dessus les FFP2, un eye contact horny dans le mystère de ne pas voir le visage d'un·e amant·e potentiel·le. La rébellion implicite dans l'acte de porter un masque au bar, en play party, en teuf, quand la société a décrété que les masques étaient trop contraignants. La solidarité qui découle du fait de se marquer comme autre. Le fantasme d'à quoi ressemble l'autre personne, de ce qui l'a amené·e à défier les normes sociales validistes, de ce qu'il pourrait se passer une fois les masques tombés.


Est-ce que tu me fais rire ? Est-ce qu'on s'attire ? Est-ce qu'on se comprend, on communique bien ? Et est-ce que tu portes un masque ?

C'est devenu un critère dans la liste, longue liste, pas exclusive, pas exhaustive, toujours changeante, des choses qui font que quelqu'un m'intéresse au delà de la simple connaissance.


Je vais traduire et citer des extraits d'un article cité en fin de page*, d'où vient le passage en intro. Je fais aussi écho au texte** d'un·e camarade et ami·e qui exprime un sentiment similaire au sein des milieux pédé·es. Ça m’aide à trouver mes mots.


Lesbiennes et autres queers de Lille, je vous aime fort, même si je vous croise pas beaucoup. J'ai plein de moments dans des milieux queers et lesbiens, mais de la manif à la fête, j'ai l'impression que je vous croise pas beaucoup quand même. Parce que j'ai mon petit cercle, je croise toujours les mêmes. Mais celleux que je rencontre jamais, vous aussi, je vous aime fort.


Et c'est parce que j'aime fort nos communautés que ça me fait autant de peine de les voir exclure certain·e·s de mes proches, et de m'en sentir exclue. C'est parce que je connais nos valeurs (à priori) partagées que la dissonance est aussi forte.

On dit qu’on s'occupe les un·e·s des autres, on se protège, on se soutient.


Mais pas un masque en vue à part le mien dans une AG où j'ai l'impression de déranger. On est 3 ou 4 à le porter lors d'une soirée lesbienne. Solitude un peu. Et c'est pour ça que je vous croise pas beaucoup. Maintenant que l'envie et les opportunités ne manquent plus, explorer de nouveaux lieux et moments est difficile quand tout le monde a décidé d'ignorer les risques et conséquences d'une pandémie toujours en cours.


Je réponds avec bien plus de patience que je devrais aux commentaires sur ma décision de me protéger et protéger celleux qui m'entourent, mauvais réflexe d'aversion au conflit. Je réponds avec bien moins de pédagogie que je voudrais aux vraies questions, parce que je suis mal à l'aise et fatiguée.

Même dans les milieux qui semblent être les miens, je n'ai pas totalement ma place, parce que je me soucie encore d'un virus que la majorité choisit d'ignorer.


Alors le contexte des cercles lesbiens semble différent, et nos vécus le sont aussi, mais je me sens comprise et entendue quand je lis ce·tte camarade qui conclut un article de blog** adressé au milieu pédé par :

"Le pire ? Je ne te déteste même pas. J'en suis incapable. Je t'aime trop pour ça, je me préoccupe trop de toi pour ça, sous la rage. [...] C'est pour ça que je continue de faire chier. Parce que tout ça est, en fait, facile à éviter, et j'en ai quelque chose à foutre de toi. J'aimerais juste que tu en aies aussi quelque chose à foutre de moi. Après tout, ça fait encore plus mal maintenant que j'ai presque trouvé ma place."


Dessin en noir et blanc d'une lesbienne, cadré du cou au haut des cuisses. Elle a de longs cheveux noirs ondulés, les aisselles poilues et la peau claire, ornée par plusieurs marques de rouge à lèvre. Elle porte un soutien-gorge fait de deux masques FFP2, un mousqueton à la ceinture et des collants en résille. Sa main aux longs ongles pointus et noirs tient également un masque FFP2.


Puis en même temps, je garde espoir, parce que dans les milieux lesbiens j'ai moins de mal à me faire écouter sur le sujet de la réduction des risques liés au Covid qu'ailleurs. Quand même, au niveau personnel, j'ai du mal à me sentir proche des gens s'iels ne comprennent pas, s'iels ne font pas autant attention que moi.


Qui portera un masque pour moi ? Pour me protéger, me rencontrer là où je suis le plus en sécurité ?


Je sais jamais trop identifier qui m'intrigue, m'intéresse, m'attire. Je ressens rarement l'envie d'exprimer un intérêt en premier. D'une part, je ne cherche pas à étendre mon cercle proche à moins que ce soit organique. Je ne cherche pas activement de connexions plus poussées, romantiques, physiques, à moins que ça me tombe dessus par hasard. Et en même temps, je sais que c'est pas juste que “je fonctionne comme ça”, c’est aussi parce que c'est dur de faire confiance à quelqu'un qui ne semble pas de soucier de la survie des autres. Alors pour moi, même si je ne vois que la moitié de ton visage, t'es plus sexy avec ton masque.


Porter un masque n'est pas une barrière à l'intimité, mais un chemin vers l'intimité. [...] Certes, les masques aliènent certaines personnes. Certain·e·s pensent que je suis distant·e, pas disposé·e à interagir, excessivement prudent·e, peut-être même hostile, coincé·e dans le passé, que je cache mon visage. Mais d'autres voient mon masque et pensent : Cette personne se démarque, cette personne est un·e partenaire potentiel·le, cette personne est handicapée, cette personne se soucie des personnes handicapées et immunodéprimées comme moi.


Si tu portes un masque, j'ai beaucoup plus envie d'être proche de toi. Déjà parce que dans le moment, on peut être en proximité, sans risquer de se transmettre un virus, qui je te rappelle, change et prend des vies. Mais aussi parce que ton masque me dit que tu te soucies des autres, de toi, de moi.


J'ai eu ces discussions récemment sur nos lieux de sociabilité : iels sont où les lesbiennes horny, les événements où on a pas peur d'être creepy si on drague, les relations plus casual où on cherche pas à finir marié·e·s avec 6 chats ? Et même si moi je vais sûrement finir mariée (pour raisons administratives) avec 6 chats (pour raisons évidentes), je partage l’envie d'une scène de dating lesbienne plus facile, décontractée, pour celleux qui veulent autre chose. En théorie seulement. Parce qu'en pratique, je ne me sentirai pas en sécurité dans l'état actuel des choses.


Le rapprochement avec la santé sexuelle est souvent fait dans les cercles covid-conscious, parce qu'il est pertinent. Pourquoi on sait qu'il faut se protéger pour faire du cul de façon safe, mais ça n'inclue pas de porter un masque en public ?


Les masques sont un conduit pour l'intimité. [...] Comme les capotes, la contraception, les aiguilles propres, les tests d'IST, ce sont des moyens de réduction des risques, des façons pour moi de me rapprocher des personnes que je veux, en gardant les risques à distance.


Ton hot lesbian summer sera beaucoup moins hot si tu tombes malade (outre les degrés de ta fièvre). Pour moi, c'est logique de porter un masque pour protéger ma santé, mon corps, et pouvoir en profiter autant que possible. Pourtant j'ai toujours l'impression que mon masque est perçu comme une barrière, que même quand on m'apprécie, c'est un peu de loin, comme si j'allais être un poids trop lourd à porter s'il faut se mettre à faire attention à ne pas me rendre malade. Je comprends pas pourquoi. C'est un super move pour draguer de montrer que tu te soucies de la vie des autres.

J'aime bien l'idée que les gens qui se montrent de confiance peuvent me voir d'une manière qui est réservée aux personnes qui nous protègent. Il y a une vulnérabilité qui est révélée aux personnes qui font suffisamment attention au quotidien pour que retirer nos masques ensemble soit le moins risqué possible.


Les masques sont des outils érotiques. [...] Ils préviennent des infections pour qu'on puisse s'occuper de nos proches, jouer avec elleux, s'en délecter, pour aussi longtemps que nos corps le permettent.


Comme beaucoup cherchons des traits d'apparence stéréotypés - coupe mullet, piercing au nez, cheveux colorés, mousqueton à la ceinture, pour se détecter entre lesbiennes, entre queers, se sentir en sécurité, savoir qu'on peut s'approcher, moi je cherche des masques. Voir un masque sur un visage c'est une porte ouverte. Je sais que le mien cause parfois l'effet inverse.


Mais je garde espoir. Je nous vois être de plus en plus nombreuxses à porter nos masques. Et à être très mimi sous nos masques d'ailleurs. Lesbiennes et autres queers, venez on s'aime mieux, on fait attention aux autres. C'est plus sexy de pécho si on choppe pas le Covid avec. (C'est corny comme conclusion, mais j'ai pas mieux. Lesbiennement <3)


* Traduit de "The Erotics of Masks", par MK Thekkumkattil, autostraddle.com
** Nécropolitique pour pédales
Tu sais pas où trouver des masques ? Va voir @maskbloclille


Écrit par Starkittyzines
Publié initialement dans le numéro 3 du zine collaboratif Lesbiennement, Lille
Contact pour se renseigner ou choper une copie du zine : lesbiennement.lille@gmail.com

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